Oui mais

Tous les jours, on aide
À marcher plus loin, à sortir de l’ombre,
À comprendre, à calmer, à reconstruire
Substance douleur, déni,
C’est notre lot, c’est notre choix, c’est notre métier
On donne sans compter, du temps de l’écoute, des ajustements millimétrés
Entre les lignes d’une ordonnance,
Et les silences trop serrés
Il est entré, un de plus, avec son sac d’attente et ses yeux de nuit
Il a dit “Bonjour” comme on dit “Pitié”, il voulait son traitement, être délivré
On a tenté l’alliance et les repères, un cadre, l’espoir, une ligne claire
Mais il a entendu “oui mais” et ce mais, à tout fait exploser
Clic, clic
De son sac dans le silence
Pas le temps d’un mot, pas le temps d’une chance
Clic, clic
Le froid dans mon ventre, ma phrase restée là, pendue à la branche
Il m’a tunelisé comme on dit dans les papiers
Plus rien n’existait sauf son désespoir, son corps
Plus de moi, plus de monde, juste un doigt qui cherche la fin métallique
J’ai vu ma fin passer deux fois,
Pas en boucle mais en ligne droite
Et puis le silence
Et puis moi… encore là
Je ne suis pas mort mais quelque chose a flanché,
Ma voix, mes nuits, mon métier
On est formé à tout, sauf à ça,
Sauf à voir la mort dans une balle qui tangue
Clic, clic
Ce n’est pas le bruit, c’est le sens,
C’est tout ce que j’ai donné, sans défense
Clic, clic
Je suis vivant mais différent,
Je soigne encore… mais avec un cran
Parce qu’un jour j’ai dit oui mais
Et quelqu’un a cru que ça voulait dire jamais, jamais